Ô CAN, suspends ton vol !

Publié le par fdlm

Par Auguste Moussirou-Mouyama

La 28e édition de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) de football, co-organisée par le Gabon et la Guinée-Équatoriale, est un projet structurant pour lequel le Gabon, par exemple, a investi officiellement entre 450 et 600 millions d’euros. Cet exemple de coopération entre deux pays pour la réussite de la fête continentale du football aurait pu être également un bel exemple de coopération entre les trois aires linguistiques — bantouphone, francophone et hispanophone — si les langues des anciennes puissances coloniales n’avaient pris le dessus sur les langues locales, absentes des circuits de communication officielle et des supports de marketing — on n’est pas langue officielle pour rien, après tout ! Le benga ou le fang, langues bantu présentes dans les deux pays ne peuvent avoir la force unificatrice conférée aux langues officielles. Le football sera donc, trois semaines durant, de langue espagnole, française et, sans doute, arabe et anglaise — mondialisation oblige, mais aussi grâce à (à cause de ?) la présence du Ghana ou des équipes du Maghreb ! Lire la suite

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Cool ou casso, il faut choisir

Publié le par Louis-Jean Calvet

Il y a une vingtaine d’années apparaissait dans le lexique des jeunes Français le mot gol, diminutif de mongol ou mongolien, pour désigner quelqu’un qu’on n’aimait pas, que l’on rejetait, un « imbécile ». Plus loin dans le temps, à la fin du XIXe siècle, apparaissait un autre mot, intellectuel. Le terme est en français un adjectif ancien mais un substantif relativement récent, remontant à l’affaire Dreyfus : les « antidreyfusards », et en particulier Maurice Barrès, qualifiaient les « dreyfusards », les défenseurs du capitaine, d’intellectuels, avec à l’époque une connotation nettement péjorative. Puis le mot a pris un sens positif : les intellectuels étaient les gens qui réfléchissaient, les penseurs, les créateurs. Plus tard encore, le diminutif intello, version populaire du mot, sera à mi-chemin entre les deux, moitié affectueux et moitié méprisant. Lire la suite

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SPQR

Publié le par fdlm

En avril dernier, Josué Ndamba nous parlait ici de l’utilisation ludique des sigles au Congo. Un numéro de la très sérieuse revue Mots consacré aux « sigles et acronymes en politique » me permet d’y revenir ce mois-ci, en particulier à propos d’un article sur le détournement[1]. L’auteur rappelle que l’auguste SPQR de la république romaine (Senatus populusque romanus, « le sénat et le peuple romain ») fut maintes fois transformé, par exemple par Rabelais (Si Peu Que Rien) ou par les italiens eux-mêmes (Sono Porci Questi Romani, « ce sont des porcs ces Romains »). Lire la suite

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Bruxelles, ma belle, tu nous rejoins… bientôt ?

Publié le par Louis-Jean Calvet

Par Geneviève Briet

Bruxelles a suscité quatre chansons éponymes, interprétées par Jacques Brel, Dick Annegarn, Bénabar et Marie Warnant.

C’est beaucoup moins que Paris, qui  en a inspiré plus d’une centaine. En revanche, Bruxelles a donné lieu à  « bruxellait », mais aussi à « bruxellisation », puis « abruxellation ». Depuis quelque temps, le terme « bruxellisation »  possède une seconde acception. Lire la suite

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Conjoncture

Publié le par Louis-Jean Calvet

En 1986 le franc CFA, la monnaie de la plupart des pays africains francophones, fut dévalué, et le président de la République du Niger fit un discours sur la « conjoncture ». Lorsque la conjoncture est bonne, on ne l’évoque guère et, de façon générale, on n’en parle que lorsqu’elle est mauvaise. Justement le président annonça ce jour-là que tout allait mal et qu’il faudrait prendre des mesures. Lire la suite

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Hizb França et le enjeux d’un anathème

Publié le par Louis-Jean Calvet

Par Dalila Morsly

L’expression1 Hizb frança qui signifie, littéralement, « parti de la France » est une expression témoin du débat linguistique qui oppose, en Algérie, les arabisants (formés en arabe) et les francisants (formés en français). Dans ce contexte, hizb frança fonctionne comme un anathème ou une insulte lancés par les arabisants contre les francisants . Lire la suite

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Le couffin de la ménagère et les dates branchées

Publié le par Louis-Jean Calvet

Dans notre précédente livraison, Dalila Morsly traitait de dégage, expliquant que le terme était perçu comme appartenant à l’arabe local, et qu’il y était d’ailleurs morphologiquement intégré (digage, ydigagi…). J’ai séjourné cet été en Tunisie et j’y ai sans cesse trouvé un écho de cette analyse. J’ai par vu sur un mur de Kairouan une affichette, souvenir d’il y a quelques mois, proclamant Dégaaaaaaaage!, avec huit a, comme pour insister sur la mise en valeur phonétique de l’injonction. Quelques jours plus tard, à Bizerte, je regardais trois gamines, trois sœurs, jouant dans une piscine et plaisantant entre elles en arabe tunisien. Les deux aînées étaient âgées d’une quinzaine d’années et la dernière de trois ans. Soudain la plus jeune lance aux deux aînées digaaage ! Vérification faite, elle ne parlait pas un mot de français : dégage est vraiment devenu un mot arabe, du moins au Maghreb. Lire la suite

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Les langues «émergentes» africaines

Publié le par Louis-Jean Calvet

La Délégation Générale du Québec à Paris fête cette année son cinquantième anniversaire et entre autres festivités (par exemple une scène québécoise à la Bastille pour la fête de la musique le 21 juin, où l’on a pu entendre le jeune Pierre Lapointe, que je vous recommande) elle organisait le 20 juin un colloque sur le thème le français et la montée des pays émergents. Une occasion d’écouter les points de vue d’intervenants venus d’Afrique du sud, du Sénégal, de Chine, de Suisse, du Brésil, du Danemark, de France et d’ailleurs et bien sûr du Québec. J’y ai pour ma part présenté une réflexion sur ce que j’appelle les langues émergentes, réflexion que je voudrais vous faire partager. Lire la suite

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Dégage

Publié le par Louis-Jean Calvet

Par Dalila Morsly

Hechmi Ghachem dans le quotidien Le Temps1 qui a publié environ 1 380 articles comportant au moins une occurrence de dégage, parle avec enthousiasme « fameux dégage auquel se sont référés tous les damnés de la terre… ». Repéré par les caméras du monde entier sur une pancarte portée par une jeune Tunisienne en colère, le mot a circulé de pays en pays, procurant une sorte d’ivresse: les manifestants scandaient de longues suites de dégage au rythme saccadé d’un mouvement du bras et de la main adressé aux tyrans sommés de dégager. Des artistes, photographes ou peintres ont adopté le terme, se sont constitués en groupe Dégage, ont réalisé des expositions intitulées Dégage… Des néologismes sont apparus qui jouent sur la polysémie avec, par exemple, dégager le ballon; sur l’homophonie: des gages; sur la composition ou la dérivation: dégagisme, nouveau concept politique signifiant que le peuple « s’invente un avenir »2, s’auto-dégager pour indiquer que les dictateurs sourds aux revendications citoyennes travaillent à leur perte. Lire la suite

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Binationaux

Publié le par Louis-Jean Calvet

Des remous ont récemment traversé l’univers du football français dont certains dirigeants ont été accusés d’avoir voulu mettre en place une politique de quota dans le recrutement de jeunes joueurs. Motif : certains d’entre eux, titulaires de deux passeports ou de deux nationalités, des binationaux donc, choisiraient une fois formés d’aller jouer dans l’équipe nationale de leur second pays. Binational : il est facile de reconnaître dans le préfixe bi l’adverbe latin bis, « deux fois ». Ce préfixe a deux façons de se manifester dans la langue. Lire la suite

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